Parler sexualité avec ses enfants : oui mais comment ?

Soyons honnêtes. Pour beaucoup de parents, parler de sexualité avec son enfant ressemble à une épreuve qu'on aimerait repousser le plus longtemps possible.

 

On espère que l'école s'en chargera. On répond rapidement à une question quand elle tombe. On parle des règles, de la contraception, du préservatif… et souvent, on s'arrête là.

 

Pourtant, la sexualité est un sujet bien plus vaste. Et surtout, nos enfants ont besoin de nous.

 

L'EVARS : une vraie chance pour nos enfants :

Vous avez probablement entendu parler de l'EVARS : l'Éducation à la Vie Affective, Relationnelle et Sexuelle.

Depuis plusieurs années, elle est censée être dispensée à l'école, de la maternelle au lycée, à raison de trois séances par an.

 

En théorie.

 

Dans la réalité, cette obligation est encore très inégalement appliquée. Le sujet reste sensible. Il vient toucher nos croyances, notre histoire, nos valeurs, parfois aussi certaines peurs alimentées par des informations fausses ou déformées. Et c'est dommage. Parce que l'EVARS ne consiste pas à apprendre aux enfants "comment faire l'amour". Elle permet avant tout de parler de relations humaines.

On y aborde notamment : - l'égalité entre les filles et les garçons ; - le respect de soi et des autres, le consentement, la prévention des violences et des discriminations, la santé sexuelle les émotions, les relations amoureuses, la puberté, le corps, son fonctionnement et les changements qu'il traverse…

 

Autrement dit, on parle de ce qui fait notre vie relationnelle au sens large

Car vivre, c'est être en relation avec les autres. Et apprendre à respecter son corps, celui de l'autre, ses émotions ou ses limites est une compétence qui dépasse largement la sexualité.

 

 Quand on entend qu’environ une personne  sur dix est victime de violences sexuelles au cours de son enfance, on comprend aussi combien cette éducation constitue un formidable outil de prévention.

 

Je défends donc pleinement l'EVARS.

 

Pas seulement parce que je suis sexothérapeute, mais parce que je suis convaincue qu'elle contribue à construire des adultes plus respectueux, plus libres et plus sereins dans leurs relations.

 

Mais l'école ne peut pas tout faire… même si l'EVARS est indispensable, les parents sont les premiers éducateurs de leurs enfants.

Et pourtant… Ce n'est pas toujours simple. Pourquoi est-ce si difficile ? Entre nous… Qui n'a jamais entendu  "Demande à ton père." "Va voir avec ta mère." La fameuse patate chaude.

 

 Souvent, on limite les discussions à quelques grands thèmes « comment on fait les bébés » les premières règles,  la contraception,  les infections sexuellement transmissibles. Et c'est déjà très bien. Mais sans le vouloir, on finit parfois par associer sexualité et... danger.

Grossesse non désirée. Maladies. Risques.

Or, si l'on reprend la définition de la santé sexuelle donnée par l'Organisation mondiale de la santé, https://www.who.int/fr/health-topics/sexual-health#tab=tab_1 il manque un élément essentiel :  une approche positive, notamment en y ajoutant un élément clé ! : Le plaisir. Et c'est précisément ce mot qui met beaucoup d'adultes mal à l'aise.

La sexualité, ce n'est pas seulement "le sexe" Quand on parle de sexualité, on pense souvent à l'acte sexuel, le coït !

En réalité, c'est beaucoup plus large. La sexualité comprend certes la santé le corps, l'anatomie, la reproduction, la contraception, les IST, l'IVG… mais aussi l'identité : comment je me sens dans mon corps, mon identité de genre, mon orientation affective et sexuelle, mais ce n’est pas tout !

·      La relation : aimer, être aimé, toucher, être touché, la confiance, le consentement, la vulnérabilité, le respect des limites.

·      Les émotions :  le désir, le plaisir, les sensations, les premières histoires d'amour, les déceptions.

·      Les représentations: les normes, la pornographie, les violences, les stéréotypes.

·      Le contexte social : les réseaux sociaux, les séries, les films, les livres, les publicités, la culture… Tout ce qui influence, parfois sans que l'on s'en rende compte, notre manière de voir les relations.

Voilà pourquoi cette éducation commence bien avant l'adolescence. D'ailleurs, lorsque j'anime des groupes, je pose souvent cette question : "À votre avis, à quel âge commence la sexualité ?"

La réponse la plus fréquente est : "Vers 12 ans." En réalité, on confond souvent sexualité et puberté.

La puberté marque l'arrivée de la sexualité érotique. Mais la sexualité, au sens du développement affectif, relationnel, corporel et émotionnel, est présente dès la naissance.

 

Et si on commençait par nous ?

Avant de savoir quoi dire à son enfant, il peut être utile de se poser une autre question. « Comment, moi, j'ai été éduqué à la sexualité ? »

 Qu'est-ce qu'on m'a transmis ? Qu'est-ce qui m'a manqué ? Qu'aurais-je aimé entendre ?

Bonne nouvelle : il n'est jamais trop tard pour compléter sa propre éducation. Aujourd'hui, il existe d'excellents livres, podcasts et ressources scientifiques accessibles à tous. Vous pouvez aussi demander conseil à un professionnel.

 

On ne peut pas et Il ne faut pas tout savoir !  Je vais vous rassurer tout de suite. Votre enfant n'attend pas que vous deveniez sexologue. Il n'a pas besoin d'une encyclopédie. Vous avez parfaitement le droit de répondre : "Je ne sais pas." Ou encore : "Bonne question. On cherche ensemble ?" C'est même une formidable occasion de lui apprendre où trouver des informations fiables. À l'heure où TikTok, Instagram ou certains influenceurs diffusent parfois des informations très approximatives, montrer à son enfant comment vérifier une source est probablement un service à lui rendre.

On en parle quand ?

Bonne nouvelle. Il n'y a pas besoin d'organiser "la grande discussion". Au contraire. Les meilleurs échanges se glissent dans le quotidien. Dans la voiture. Pendant le repas. Après une scène de film. À la sortie d'une série. En écoutant la radio…. Au détour d'une question. Deux minutes suffisent parfois.

 

Avec un tout-petit, on peut déjà parler du consentement. Expliquer qu'on ne fait pas un bisou à quelqu'un qui n'en a pas envie. Qu'on respecte son corps. Qu'on respecte aussi le sien. Et surtout… montrer l'exemple. Respecter son intimité. Demander avant d'entrer dans sa chambre. Accepter qu'il refuse un câlin. Ces petits gestes construisent déjà une véritable éducation relationnelle.

 

Avec un adolescent, il ne s'agit pas de faire un cours magistral. Vous pouvez simplement dire « Si un jour tu as des questions, je suis là." C'est souvent largement suffisant. Votre disponibilité compte davantage que vos connaissances.

Quelques repères simples Lorsque vous abordez ces sujets : - utilisez les vrais mots : une vulve est une vulve, un pénis est un pénis, parlez sans dramatiser, n'imposez jamais la discussion, et ne racontez pas votre propre sexualité !  ça, c’est votre intimité.

 

Rappelez qu'on ne se force jamais à faire quelque chose pour faire plaisir à quelqu'un ou pour éviter qu'il parte.

 

Finalement, parler de sexualité avec son enfant, c'est surtout parler de respect, de consentement, d'amour, de confiance, d'émotions… et un peu de sexe aussi.

 

Alors… lancez-vous.

Vous n'avez pas besoin d'être parfait. Vous n'avez pas besoin d'avoir réponse à tout. Votre enfant n'attend pas un expert. Il a surtout besoin d'un adulte disponible, capable d'écouter sans juger et de dire "Tu peux venir m'en parler."

Ces petites conversations, répétées au fil des années, auront bien plus d'impact qu'une unique "grande discussion" que tout le monde redoute. Et si malgré tout vous vous sentez en difficulté, si vous ne savez pas comment répondre à certaines questions ou comment aborder ces sujets sereinement, sachez que cela se discute. Venez me voir au cabinet, en une ou deux consultations, nous pouvons réfléchir ensemble pour vous aider à trouver des mots adaptés à l'âge de votre enfant et vous donner quelques repères concrets pour que ces conversations deviennent plus simples.

 

Vos enfants n'attendent pas des parents parfaits. Ils ont simplement besoin de parents présents.

 

Conseil biblio :

100 petites conversations à avoir avec son enfant – Comment parler de sexualité dès le plus jeune âge,

 

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“Mémoires d'un corps brûlant” et si nous parlions enfin de la sexualité des femmes âgées ?