Sexualité et ménopause
Ménopause et sexualité : on en parle ?
Avant même qu’elle n’arrive, on la craint.
La ménopause est un sujet phare des discussions entre copines à partir de 45 ans : elle nous bouscule, nous inquiète, alimente beaucoup de projections… avec parfois des symptômes inconfortables, et parfois… rien du tout !
Alors, prenons le temps d’y regarder de plus près.
Chaque femme est unique (et heureusement)
Première chose essentielle à rappeler : il n’y a pas UNE ménopause, mais autant de ménopauses que de femmes.
Cela signifie que vous n’allez pas toutes vivre cette période de la même manière.
Dans les chiffres, un peu moins de la moitié des femmes évoquent une baisse du désir sexuel. Pour un peu plus de la moitié, en revanche, cela ne change rien.
Et pour certaines, c’est même l’inverse : la sexualité s’enrichit.
Pourquoi ?
Parce que l’abandon de la charge contraceptive, les enfants qui deviennent plus autonomes, l’arrêt des règles (qui peuvent être douloureuses, fatigantes ou provoquer migraines et inconforts) sont de véritables leviers pour une sexualité différente, plus libre, débarrassée de certaines contraintes.
Pour ces femmes, la ménopause rime avec libération, et le désir s’en trouve parfois renforcé.
Mais revenons à celles — presque la moitié — qui observent une baisse du désir et d’autres inconforts (et souvent, les deux sont liés).
Première étape : comprendre
La sexualité féminine est le résultat d’un équilibre subtil entre plusieurs composantes qui s’entrecroisent en permanence :
le corps, le mental, les émotions, l’histoire personnelle, la relation de couple, le contexte social, la santé.
Quand l’un de ces éléments est fragilisé, la sexualité peut être impactée.
La composante physiologique
La chute (parfois vertigineuse) des hormones, notamment des œstrogènes, peut influencer la libido.
Oui, les pics hormonaux liés à l’ovulation — qui participaient à stimuler le désir — disparaissent.
Mais pas de panique : notre corps a des solutions de secours. Nous continuons notamment à produire de la testostérone, hormone également impliquée dans le désir.
Certaines femmes rencontrent aussi une sécheresse vaginale, pouvant provoquer irritations ou sensations de brûlure lors des rapports avec pénétration. Difficile, dans ces conditions, de parler de plaisir… et quand le plaisir diminue, le désir suit souvent le même chemin.
Des changements peuvent également apparaître au niveau de la vulve : tissus moins élastiques, moins réceptifs.
Et là, un cercle vicieux peut s’installer : la douleur est enregistrée par le cerveau, la crainte s’installe (je vous renvoie à mon article « Sexualité féminine : quand ça fait mal »), et l’envie diminue naturellement.
Après tout, qui a envie d’avoir mal ?
Corps, image de soi et désir
La chute hormonale peut aussi entraîner une prise de poids, ou du moins une modification de la silhouette.
Et nous le savons toutes : cela peut fragiliser la confiance en soi et l’image corporelle, pourtant centrales dans la sexualité.
Notre culture nous apprend très tôt à rester focalisées sur notre désirabilité.
Alors quand les rides autour de la bouche nous semblent soudain « énormes », quand on commence à se peser tous les jours, quand le miroir devient moins indulgent… le désir peut en prendre un coup.
Ajoutons à cela le diktat du jeunisme, qui laisse croire aux femmes de plus de 50 ans que leur potentiel de séduction serait derrière elles.
La peur de vieillir fait énormément de dégâts sur le désir.
Humeur, émotions et relation de couple
Les changements hormonaux peuvent également impacter l’humeur : irritabilité, fatigue nerveuse, variations émotionnelles, voire symptômes dépressifs.
Ces changements peuvent affecter la relation de couple, générer de l’incompréhension, des tensions, et compliquer la communication.
Tous ces paramètres — physiologiques, psychologiques, relationnels — participent à la possible diminution du désir sexuel.
C’est pourquoi une réponse uniquement médicale n’est souvent pas suffisante.
Les difficultés corporelles s’accompagnent fréquemment d’une détresse psychique, d’un regard dur posé sur soi.
👉 C’est là que l’accompagnement en sexothérapie et en thérapie de couple prend tout son sens : aider à remettre du sens, de la douceur et de la compréhension là où tout semble confus.
Le couple comme ressource (ou comme frein)
La qualité de la relation avec son partenaire est évidemment déterminante dans l’épanouissement sexuel.
Dans les couples hétérosexuels notamment, il est essentiel que le conjoint soit sensibilisé aux impacts de la périménopause et de la ménopause.
Une communication de qualité permet de prévenir les interprétations négatives :
« Il/elle ne me désire plus »,
« Je ne suis plus attirante »,
« Quelque chose ne va pas chez moi ».
Oser se parler, parfois avec l’aide d’un·e professionnel·le, permet de remettre de la compréhension, de la complicité et du lien.
Bonne nouvelle : la sexualité après 50 ans est bien vivante
Oui, la ménopause peut être un passage qui bouscule.
Mais non, la vie sexuelle après 50 ans n’est pas enterrée — bien au contraire.
De nombreuses femmes parlent d’un renouveau, d’une sexualité plus consciente, plus libre, plus alignée avec leurs envies.
Quelques pistes concrètes
Pour la sécheresse vaginale : les oméga 3, 6 et 9 peuvent aider.
Prenez soin de votre vulve : la masser avec un peu d’huile de coco (inoffensive) permet de la nourrir… et de la redécouvrir.
Consultez votre sage-femme ou votre médecin pour des traitements locaux adaptés si le besoin est très présent
Le traitement hormonal substitutif peut être très efficace et sûr (hors contre-indication individuelle), malgré les nombreuses idées reçues.
Mes conseils de sexothérapeute
Dédramatisez : le désir est fluctuant, et une baisse passagère n’est pas une fatalité.
Osez en parler : à votre partenaire, vos amies, votre médecin, une sexothérapeute — seule ou en couple.
Pensez à la thérapie de couple si la communication s’essouffle.
Rappelez-vous que la sexualité ne se limite pas à la pénétration : explorez, inventez, soyez créatives.
Bougez : l’activité physique stimule les hormones du plaisir et l’estime de soi.
Limitez le tabac, qui freine l’excitation.
Nourrissez votre imaginaire : lectures coquines, BD, romans érotiques.
Travaillez votre estime de vous : groupes de parole, accompagnement individuel
Lancez -vous dans des activités qui vous font du bien et vous font sentir créatives et compétentes : dessin, couture, modelage, guitare…
Et surtout…
N’oubliez pas que pour beaucoup de femmes, la ménopause marque une libération.
Les règles ne sont plus là, les enfants ont grandi, parfois quitté la maison : c’est un moment précieux pour vous recentrer sur vous, votre corps, vos envies, votre plaisir.
👉 Il n’est jamais trop tard pour réinventer sa sexualité.
Si vous traversez cette période avec des questionnements, des doutes ou des difficultés, je vous accompagne, seule ou en couple, en tant que conseillère conjugale et sexothérapeute, dans un cadre sécurisant, bienveillant et sans jugement.
Parfois, quelques rendez-vous suffisent déjà à changer le regard… et à rouvrir le champ des possibles.