Est ce qu’aimer signifie tout comprendre de son / sa partenaire ?

Marcel Proust disait que lorsqu’on aime, on a « envie du monde de l’autre ».

Et je trouve cette phrase très jolie.

Quand on tombe amoureux, il y a cette soif presque enfantine de découvrir l’univers de l’autre


Où habite-t-il ? Comment est sa maison ? Qu’est-ce que ça raconte de lui ?
Que faisait-elle petite ? Quels sont ses souvenirs les plus marquants ?
Comment sont ses parents ? Ses amis ? Ses habitudes étranges ?

Bref : on veut entrer dans son monde.

Et cette curiosité n’est pas anodine.
Le psychologue américain John Gottman, spécialiste des relations de couple et de l’amour durable, explique que la connaissance fine de son partenaire est un pilier essentiel de la stabilité conjugale. Il parle de “love maps”, que l’on pourrait traduire par « cartes du tendre » : plus nous connaissons le monde intérieur de l’autre, plus nous sommes capables de traverser les tempêtes relationnelles.

Autrement dit : aimer, ce n’est pas seulement ressentir.
C’est aussi apprendre.

Au début, l’illusion de la compréhension parfaite

Les débuts amoureux sont souvent euphoriques.
On pourrait presque les résumer à cette phrase :
« Toi seul.e peux me comprendre. »

Il y a une impression de fusion, parfois même de gémellité.
On se sent alignés, évidents, presque magiques.

Mais… (oui, il y a un mais).

Cette osmose peut-elle durer intacte dans le temps ?

Très vite, après la lune de miel, apparaissent les premières dissonances :
« Je ne te comprends plus. »
Ou plus tard : « Qui est cette personne avec qui je vis ? »

Ce passage est normal. Il marque la sortie de la fusion et l’entrée dans la réalité. Et, contrairement à ce que l’on croit, c’est là que la relation devient intéressante.

En thérapie de couple, on observe souvent ce moment charnière : la rencontre entre l’idéalisation du début et la découverte de l’altérité réelle.

Aimer, ce n’est pas deviner

Il faut peut-être être un peu rêveur pour penser que l’amour suffit à comprendre intuitivement l’autre, à anticiper tous ses besoins, à occuper toute la place dans son monde.

Notre partenaire est un être humain.
Il n’est pas nous.

Il a son histoire, son système de valeurs, ses blessures, ses loyautés familiales, ses contradictions. Il est donc, par définition, un peu étranger.

Et c’est ici que commence le vrai travail du lien :
chercher à comprendre.

Pas analyser.
Pas contrôler.
Pas percer à jour.

Mais apprendre sa langue.

Et apprendre une langue, ça prend du temps. Ça demande de la pratique, des erreurs, des ajustements. Ça demande surtout un ingrédient essentiel dans la relation amoureuse : la curiosité.

Sans curiosité, le couple glisse vers l’indifférence.
Avec la curiosité, il reste vivant.

Faut-il vraiment tout comprendre ?

Et puis, soyons honnêtes : est-ce vraiment souhaitable de comprendre totalement l’autre ?

Je suis toujours un peu réservée quand j’entends :
« Je le connais par cœur. »

Vraiment ?
Et le mystère alors ?
Et la surprise ?
Et la joie de découvrir que l’autre évolue ?

Esther Perel, dans L’intelligence érotique, parle de ce regard qui considère l’autre comme « un être en devenir et non comme un acquis ». Cette idée me semble essentielle pour maintenir le désir et la vitalité dans le couple.

Nous sommes mouvants.
Nous changeons.
Nous traversons des phases.

Et la relation de couple peut devenir cet espace fascinant où l’on ne finit jamais vraiment de se connaître.

La compréhension n’est pas un état.
C’est un mouvement.

L’écart entre le fantasme et la réalité

Bien sûr, mieux connaître l’autre signifie aussi découvrir ce qui nous agace.

Nous admirons sa créativité… mais son désordre nous épuise.
Nous aimons sa rigueur… mais elle nous semble parfois rigide.
Nous sommes souples… ce qui peut l’irriter profondément.

La curiosité n’est donc pas une idéalisation naïve.
Elle suppose d’accepter que l’autre ne corresponde pas totalement à notre fantasme initial.

En clinique, on parle souvent de la confrontation entre l’image idéalisée du début et la réalité psychique de l’autre. Ce moment peut être déstabilisant. C’est là que certains couples se séparent. D’autres, au contraire, commencent à construire un amour plus mature.

Un amour moins spectaculaire… mais plus solide.

Accepter de ne pas tout comprendre

Comprendre totalement l’autre n’est ni possible… ni souhaitable.

Il restera toujours une part de mystère.
Et c’est une bonne nouvelle.

Car laisser à l’autre une zone d’inconnu, c’est aussi lui laisser un espace de liberté.
C’est reconnaître qu’il ne nous appartient pas.

Cela peut être insécurisant.
Mais c’est profondément respectueux.

Aimer, finalement, ce n’est pas tout comprendre.
C’est avoir envie de comprendre.
Encore et encore.

Et ça, c’est immense.

Et vous, connaissez-vous vraiment le monde intérieur de votre partenaire ?

John Gottman a élaboré un petit test permettant d’évaluer la richesse de votre « carte du tendre », c’est-à-dire votre niveau de connaissance du monde intérieur de votre partenaire.

Amusez- vous à répondre le plus sincèrement possible aux questions suivantes…

1.     Je peux nommer les meilleurs amis de l’autre

2.     Je peux dire ce qui stresse l’autre actuellement

3.     Je connais les noms des personnalités qui l’agacent

4.     Je connais ses rêves les plus chers

5.     Je connais les questions qu’il se pose sur l’avenir, ses projets

6.     Je peux vous dire ce qu’est sa philosophie de la vie

7.     Je peux nommer les personnes dont il se sent très proche dans sa famille

8.     Je connais ses musiques préférées

9.     Je connais ses films préférés

10.  L’autre sait ce qui me stresse actuellement

11.  Je peux raconter des périodes les plus heureuses de sa vie

12.  Je peux raconter un évènement qui a été difficile pour l’autre

13.  Je connais ses espoirs, ses aspirations

14.  Je connais ses préoccupations

15.  L’autre sait qui sont mes meilleurs amis

16.  Je sais comment l’autre aimerait dépenser une cagnotte qu’il gagnerait au loto

17.  Je peux raconter dans le détail la première impression qu’il m’a faite

18.  Périodiquement je refais une « mise à jour » de ce qu’est en train de vivre l’autre

19.  J’ai l’impression que l’autre me connait assez bien

20.  L’autre connait bien mes espoirs et mes aspirations

 

Si vous avez moins de 10 réponses positives, peut être devriez -vous prendre davantage le temps de mieux vous connaitre ?

Si vous sentez que cette curiosité s’est un peu émoussée avec le temps, je peux vous accompagner pour la raviver, recréer cet espace où l’on apprend à se découvrir (ou se redécouvrir) en sécurité.

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Y a-t-il une bonne fréquence pour faire l’amour ?